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 And you won't disappoint me, I can do that myself.

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Baxter Madden
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MessageSujet: And you won't disappoint me, I can do that myself.   Mer 30 Avr - 17:27


(c) dearsixsmith
Leave, leave, and free yourself at the same time. Let go of my hand, you said what you have to, now leave.

Les jours avaient beau se ressembler en apparence, ici même à Chicago, la réalité semblait totalement différente aux yeux du jeune professeur de mathématiques. En effet, son quotidien au sein du lycée lui paraissait tantôt périlleux tantôt apaisant voire habituel, fait étonnant car depuis un certain temps il croyait avoir perdu sa routine de tous les jours au profit d’une existence problématique et dérangeante. Il n’était plus tellement sûr de lui quant à son désir de rester dans cette grande ville oppressante. Enfin, cette dernière n’était de toute évidence pas suffisamment étendue pour l’empêcher de croiser régulièrement la route d’une personne qu’il ne souhaitait clairement pas revoir pour le moment. Il était parvenu, en partie certes, à se débarrasser de Troy ou du moins à l’évincer de son quotidien mais que pouvait-il faire au sujet de Carson ? Car même en y mettant la plus grande des volontés, cela semblait compliqué d’éviter un collègue de travail. Il bossait dans une école et non dans une centrale électrique, où il était très certainement plus simple de ne pas emprunter le même chemin qu’une personne en particulier. Pourtant il ne sortait pas tant que cela de sa salle de cours, seulement pour accéder à son casier dans la salle des professeurs ou encore lorsqu’une envie pressante se faisait ressentir. Même pour manger il ne se rendait plus dans la salle de cantine avec le reste de l’établissement. Il avait repris ses bonnes vieilles habitudes du début d’année, quand il mangeait sagement – et surtout seul – ses quelques fruits et yaourts dans la pièce où il dispensait ses cours. Sa récente relation avec un autre collègue, remplaçant, ne l’avait pas dissuadé de faire bande à part tous les midis de la semaine. Tom, qui enseignait la musique dans le lycée, n’acceptait pas trop ce désir de solitude mais il était bien obligé de faire avec. Si dans un premier temps, il avait essayé de le faire bouger en le bousculant un peu, il avait par la suite rapidement remarqué le petit caractère spécial de Baxter et avait fini par arrêter d’insister. Etant lui-même un assez gros mangeur, il ne pouvait renier l’appel de la nourriture, consistante.

Néanmoins il existait des jours, comme celui-ci, où il tentait de remettre le sujet sur le tapis ; à croire qu’il cherchait à le forcer à avaler quelque chose. L’avait-il seulement bien regardé ? Cela sautait aux yeux qu’il ne mangeait pas plus que le strict nécessaire. Davantage au jour d’aujourd’hui car il devait probablement faire sept kilos de moins que lors de son arrivée ici le jour de la rentrée scolaire. L’appétit de moineau du petit brun était par conséquent flagrant, sauf si sa frêle silhouette était due à une pathologie, ce qui n’était en rien le cas.
« On en a déjà discuté des dizaines de fois, Tom... » soupira Baxter en soufflant, fatigué de toujours devoir s’expliquer sur cela. Car même lorsqu’ils venaient tout juste de faire connaissance, le professeur de musique s’était dangereusement aventuré sur cette pente glissante. A la longue, cela devenait usant, car il n’aimait pas se répéter. Lui forcer la main ne le ferait que reculer encore et encore. « Je sais bien mais je n’aime pas te savoir tout seul dans cette salle. Une pause n’est pas une pause si tu la passes entre les murs de ta classe. » Les deux hommes se tenaient debout dans le couloir à quelques mètres de la salle en question. Tom était parvenu à l’intercepter alors qu’il revenait des toilettes et depuis il avait droit à une belle leçon de morale et quelques conseils diététiques. Ce qui l’amusait grandement car son compagnon possédait un petit ventre, non disgracieux mais des formes généreuses tout de même. « J’ai toujours fonctionné comme ça, je te l’ai déjà dit en plus. Ce n’est pas contre toi, tu sais que je t’adore. Mais je n’ai pas faim. Et j’ai besoin de silence, c’est tout. » Ces explications, Baxter avait l’impression de les répéter tous les deux jours mais elles ne semblaient pas vouloir rentrer dans la tête de son petit ami.

Engagé pour une durée limitée de deux mois, Tom remplaçait le professeur de musique titulaire qui avait été victime d’une mauvaise chute à moto et devait à présent se rétablir pour pouvoir se remettre sur pied rapidement. Tout en sachant que le jeune homme, de treize ans son ainé d’ailleurs, était seulement de passage dans cet état il avait quand même souhaité se mettre en couple avec lui, essayer de voir ce que cela pouvait donner. Sans doute espérait-il de sa part qu’il ne retourne pas à New-York ou bien désirait-il seulement passer le temps pour oublier sa situation et avoir une chance de passer à autre chose. Dans tous les cas, il ne discutait pas de ce genre de choses avec lui. A dire vrai, hormis aujourd’hui, le ton restait constamment léger entre eux et c’était ce qui plaisait le plus à Baxter. Ils étaient ensemble depuis un peu plus de deux semaines maintenant mais leur quotidien ressemblait à celui d’un couple soudé, vieux de plusieurs années. C’était amusant car de cette manière le jeune britannique était en mesure de souffler un peu tout en appréciant chacune de ses gentilles attentions. Mais en même temps la situation était indirectement dérangeante car cela voulait dire que Baxter n’avait plus la force de véritablement s’attacher à quelqu’un et qu’il prenait la première personne qui lui accordait un semblait d’intérêt sincère. Triste vision des choses mais cela ne serait pas la première fois qu’il agirait de manière étrange, sans véritable estime pour sa personne, même si Tom était de loin l’homme le plus respectueux qui lui avait été donné de connaître intimement.
« Tes bisous ne vont rien changer... » murmura Baxter d’un ton toutefois amusé en le regardant droit dans les yeux. « Tu es sûr ? » demanda Tom tout en le faisant reculer jusqu’au mur le plus proche, contre lequel il le coinça en posant une main près de son visage, bras tendu, tandis que ses lèvres se rapprochaient des siennes jusqu’à venir les frôler.

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Carson Haynes
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MessageSujet: Re: And you won't disappoint me, I can do that myself.   Jeu 1 Mai - 21:13


AND MAYBE IF I TELL MYSELF ENOUGH,
MAYBE IF I DO,
I'LL GET OVER YOU.

« Est-ce que tu es sûr que ça va, Cars’ ? » La voix inquiète de Richard réchauffa temporairement le cœur de son interlocuteur qui acquiesça d’un signe de tête, avant de se souvenir qu’il était impossible de discerner les gestes physique lors d’une conversation téléphonique. Il renifla bruyamment avant d’avoir un court rire qui sonnait tout sauf amusé. « Oui, ça va, j’ai simplement dû attraper froid. J’ai couru sous la pluie hier et ce n’était pas la plus brillant idée du siècle. » Il marqua une pause durant laquelle il contempla silencieusement son mensonge. Certes, il avait bel et bien fait une séance de jogging la veille, sous un temps moins que propice à une telle activité, sauf que cela n’expliquait certainement pas la pâleur de ses joues ainsi que la rougeur de ses yeux. « Je rentre bientôt, je pourrai m’occuper de toi dans une petite semaine maintenant. » Carson esquissa un triste sourire. Le ton chaleureux, grave, de Richard avait le don de lui remonter au moins un minimum le moral, cependant, il ne ressentait pas le besoin de l’avoir auprès de lui. Les deux avaient développé ce qui semblait être une relation de couple – grande nouveauté pour Haynes qui jusqu’alors s’était refusé à autant d’intimité « officielle » avec un autre homme – même s’ils ne se voyaient que rarement, le boulot de Richard l’obligeant à beaucoup voyager. L’enseignant avait été prévenu dès le départ, il avait su à quoi s’attendre, lorsque sa voisine lui avait présenté son fils – « beau, grand, de bonne situation et on-ne-peut-plus célibataire » - et c’était sans aucun doute ce détail qui l’avait fait tenté le coup avec lui. Il se disait en couple sans véritablement l’être, il possédait le statut sans avoir à subir de compagnie sur le long terme. Il était gagnant et aurait par conséquent dû être le plus heureux des individus, au moins à Chicago. Et pourtant. « Une petite semaine, oui. Ce n’est rien du tout... » Il s’agissait d’une semaine de tranquillité à ronger son frein et ressasser celle qui venait de s’écouler, celle qui avait ruiné son moral et, s’il y réfléchissait un peu plus longtemps, tout le reste de son existence. Même si Richard était supposé être une personne importante dans sa vie, il ne se voyait pas lui expliquer que l’être qu’il détestait le plus au monde avait découvert sa sexualité et que rien ne serait plus jamais comme avant pour lui, qu’il tournait et se retournait dans son lit incapable de trouver le sommeil depuis lors. Il ne pouvait décemment pas lui avouer qu’il était au plus bas, malheureux comme jamais. Non, Richard devait voir ses bons côtés, pas les mauvais. Sinon lui aussi finirait par le quitter, après seulement quelques jours de relation officielle, cela aurait un triste effet.

Le professeur finit par raccrocher et laissa retomber son téléphone sans douceur sur son bureau. La sonnerie de la pause méridienne avait sonné depuis un moment, les salles et couloirs s’étaient vidées et il ne devait désormais rester plus personne dans ce bâtiment, hormis dans la salle des professeurs et le réfectoire, sans doute. Cela était bien évidemment prémédité de la part du scientifique, qui refusait d’adresser la parole à qui que ce fût, au sein du corps enseignant. Il refusait de se faire voir ou de savoir ce que Praeger avait pu déjà révéler sur son compte. Il souhaitait davantage l’échafaud plutôt que d’affronter les regards moqueurs de ceux qu’il avait passé le plus clair de son temps à malmener. Que leur revanche devait avoir bon goût après toutes ces années. Il jeta un regard à sa montre tandis que son estomac, non rempli depuis la veille à la même heure, gargouillait douloureusement. Il n’avait, hélas, pas encore pris l’habitude de ne recevoir de la nourriture qu’à intervalles irréguliers ; davantage quand il y pensait que quand il en avait besoin, ce qui était rare étant donné la foule de pensées qui se bousculait sous sa caboche. Il avait certainement perdu du poids, il n’y prêtait pas attention, son regard se focalisant sur sa barbe nouvellement acquise et qu’il traitait avec plus de soin que tout le reste – oui, même ses cours. Il rassembla son courage et ses affaires pour s’extirper hors de sa salle, ce qu’il ne tarda pas à regretter puisqu’au loin, dans le couloir un étage en dessous du sien, un couple de silhouettes se dessina dans son champ de vision. Pour lui qui ne souhaitait voir personne, voilà qui était raté. Il ouvrit la bouche pour indiquer aux deux individus, qu’il prenait pour des élèves, qu’à cette heure, les batifolages n’étaient autorisés qu’à l’extérieur, cependant il n’eut pas l’occasion de poursuivre sur sa lancée puisqu’il remarqua bien vite qu’il ne s’agissait pas de lycéens. Leurs tailles moyennes l’avaient trompé, ses yeux le déçurent dès la seconde où il reconnut l’un des protagonistes. Merde, fut le premier mot qui lui vint à l’esprit tandis qu’il s’imaginait faire demi-tour et repartir de là où il venait ; il était trop tard pour cela, même une accélération soudaine ne le sauverait pas.


« Pardon, je ne voulais pas déranger, » marmonna-t-il d’une voix rauque et éteinte, difficile à capter. Il crut pouvoir poursuivre son chemin sans plus de distractions malheureuses, c’était mal connaître son karma qui accumulait les malchances. « Haynes ? Monsieur Haynes, professeur de sciences ? » demanda une voix, celle qu’il ne connaissait pas du lot. Pouvait-il prétendre n’avoir rien entendu et passer sa route ? Non, clairement pas. Il n’y avait pas exactement foule autour et même si sa réputation le précédait certainement, il avait des principes. « Lui-même, » répondit-il en s’arrêtant, mains dans les poches, sans la moindre volonté de vouloir en tendre une pour le saluer. « Et vous êtes un des nombreux remplaçants que notre établissement compte actuellement, c’est ça ? » Son intonation était légère et cassante, comme il la voulait, même s’il était le plus cassé à cette instant précis. Il avait su, par le passé, que Baxter avait embrassé d’autres gens que lui, avait couché avec diverses personnes, mais c’était la première fois qu’il le voyait de ses propres yeux. Et cela était incroyablement douloureux. Alors qu’il aurait préféré se transformer en statue de pierre plutôt que d’assister plus longtemps à ce spectacle, celui qui se présenta comme un Tom quelque chose – il ne l’écoutait pas vraiment – lui indiqua qu’il avait un papier important pour lui, qui lui avait été remis par un élève qu’ils avaient en commun. Il n’eut guère le temps de lui dire qu’il pouvait le transmettre dans son casier que, déjà, il s’éloignait, le laissant seul avec l’objet de ses plus grands tourments. Ne pouvant ignorer Baxter une minute de plus, il se tourna maladroitement vers lui, son regard triste de golden retriever dissimulé derrière un sourire forcé. « Tu as bonne mine, » commenta-t-il pour mettre fin à ce silence pesant. Il avait, en effet, meilleure allure que lors de leur dernier tête-à-tête.

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Baxter Madden
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MessageSujet: Re: And you won't disappoint me, I can do that myself.   Ven 2 Mai - 18:16

Si en règle générale, il n’avait pas trop d’appétit lorsqu’il se trouvait sur son lieu de travail, ce midi était probablement le pire de l’année, pourtant déjà bien écoulée. La moindre petite envie quitta son corps dès lors qu’une voix masculine et rauque s’élança non loin d’eux. Il n’y avait aucun doute possible quant à l’identité de la personne en question, pour l’avoir entendu parler, murmurer, crier et gémir de nombreuses fois durant les derniers mois, il était en mesure de dire qu’il connaissait à peu près tout de cet individu, spécial. Bien sûr il ne savait pas tout de son existence ni même de son passé – après tout, il ne faisait aucunement partie de sa vie ni de près ni de loin – mais la composition de la personne en elle-même, il pensait la connaître sur le bout des doigts. A force d’observer chacune de ses réactions, habitudes ou même mimiques, il avait fini par le cerner. Il l’avait dans la peau, c’était une certitude. Même si présentement cela pouvait facilement être remis en doute. Il n’était d’ailleurs plus sûr de rien pour sa part et maintenant que Carson se tenait ainsi devant lui, toujours aussi grand et imposant, un curieux mal de ventre le faisait incroyablement souffrir tout à coup. Il regarda l’échange entre les deux hommes, la gorge nouée, sans trop savoir quoi dire ou faire. Néanmoins en sentant le léger froid que son collègue instaurait à l’encontre de son compagnon,  il plissa ses grands yeux clairs et lâcha un faible soupir tout en tendant une main timide dans le dos de Tom pour le lui frotter avec douceur. Nullement décontenancé par l’individu quelque peu impressionnant qu’était Haynes, le professeur de musique ne remarqua pas vraiment le non intérêt que son interlocuteur lui portait. Baxter, en revanche, ne fut pas dupe mais il se contenta de sourire quand l’enseignant lui fila entre les doigts pour regagner sa classe ou son casier, il l’ignorait. Il se retrouva alors à l’abandon, sans savoir quoi faire de ses deux mains qu’il se mit alors à triturer nerveusement, son regard fuyant de toute évidence la situation compte tenu de la rapidité avec laquelle il passait d’un point à l’autre sans jamais passer par la longue silhouette qui lui faisait face.

« Jolie barbe, » répondit-il à son prétendu compliment, se sentant presque obligé de commenter ces poils nouvellement acquis le long de ses joues. Il avait l'habitude de le voir mal rasé mais ce look-ci était totalement nouveau, du moins il ne l'avait jamais vu ainsi. Pris d'un subit élan de courage il se mit alors à le détailler longuement, sans doute un peu trop, mais dès l'instant où il leva la tête dans sa direction il se sentit comme incapable de regarder ailleurs. Le temps ne pouvait lui faire oublier un tel visage, peint d'une douceur infinie seulement visible si l'on savait lire à travers certaines de ses expressions fermées. Il apercevait régulièrement sa haute stature dans l'établissement mais plus rien ne les contraignait à s'adresser la parole maintenant qu'Analeigh avait déménagé. Chacun menait son petit train-train quotidien de son côté et il n'accordait plus d'importance aux rumeurs sur eux et sur le fait qu'ils ne se côtoyaient plus. Il ne servait plus à rien de sauver les apparences. Leurs différends semblaient remonter à tellement longtemps qu'il n'arrivait désormais plus à se souvenir de l'époque où tout allait bien entre eux, même un minimum, les querelles étant bien trop fréquentes. Quand il le voyait, là, tout de suite, si grand, si charmant, son esprit dérivait inévitablement vers des souvenirs pas si lointains. Depuis qu'ils s'étaient silencieusement quittés – sans un mot, par sa faute – il n'avait fait que ressasser cette nuit particulière passée dans cette chambre d’hôtel réservée à son nom. Il n'avait qu'à fermer les yeux pour s'imaginer étendu dans ce lit étroit en sa compagnie, ses frêles bras entourant son corps plus imposant que le sien. Son état d'ébriété était ce soir-là tout de même important mais pas au point de le rendre amnésique, il se souvenait de tout, dans le moindre détail, jusqu'à l'heure exacte où il avait ouvert un œil en pleine nuit pour mieux venir se lover dans son dos. Il s'en rappelait encore car il avait passé une bonne quinzaine de minutes à frotter son nez contre ses omoplates, alternant par moment avec son index le long de son épaule, lui créant même une chair de poule passagère.

Il se passa une main nerveuse dans les cheveux, jetant quelques œillades discrètes en direction du couloir toujours vide dans l'espoir de voir apparaître Tom, qui ne semblait pas décidé à vouloir revenir.
« Je ne l'ai pas fait plus tôt mais... mes félicitations pour toi et Richard, » soupira-t-il d'un ton mal assuré. Il ne connaissait absolument pas ledit Richard mais se permettait de l'appeler par son prénom. Comment l'oublier d'ailleurs ? « J'ai croisé sa mère en ville, » dit-il sur le ton de la conversation comme s'il parlait de tout et de rien avec une vieille connaissance. Hélas pour lui, il n'avait pas pu changer de trajectoire pour éviter la voisine de Carson car ce fut cette dernière qui vint à sa rencontre. Il était, à ses yeux, beaucoup trop tôt pour pouvoir déjà plaisanter sur ses anciens rapports avec le professeur de sciences et pourtant il avait du faire bonne figure devant la femme pour ne pas paraître grossier et écouter les multiples récits sur son fils et son nouveau petit-ami, faisant alors semblant de s'y intéresser. Comment prétendre porter un quelconque intérêt aux sorties qu'effectuait ce petit couple fraîchement constitué ? En aucun cas son collègue ne refusait d'effectuer une sortie avec lui à partir du moment où cette dernière se faisait en toute amitié, bien entendu, autrement dit les contacts rapprochés étaient à éviter pour ne pas dire interdits. Mais jamais il n'était question de rencards entre eux. Savoir que les deux hommes pouvaient se voir dans un tel contexte alors que Carson le lui avait toujours refusé auparavant, à moins de s'éloigner loin de Chicago, cela le peinait cruellement. Certes conscient des changements qu'il avait opéré sur lui, il ne s'attendait cependant pas à le voir changer de vie aussi rapidement, sitôt qu'il ne fut plus dans ses pattes. Visiblement quelqu'un devait profiter de cette récente transition mais cela faisait mal, très mal. Seules quelques semaines s'étaient écoulées mais il avait la désagréable impression d'avoir été évincé de la vie du jeune homme depuis des mois tant il semblait transformé, d'après les dires de sa nouvelle belle-mère. Il en était même venu à se demander s'il n'avait pas attendu son départ de sa vie pour enfin faire son coming-out. La réponse à cette question l'effrayait grandement et il n'était pas certain de vouloir la connaître maintenant qu'il avait la possibilité de lui demander en personne.

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Carson Haynes
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MessageSujet: Re: And you won't disappoint me, I can do that myself.   Ven 2 Mai - 19:56

S’il ne connaissait le professeur de musique ni d’Eve ni d’Adam et ne possédait clairement aucun atome crochu avec ce dernier, il se mit rapidement à regretter son départ, qu’une partie de lui avait pourtant ardemment souhaité dès l’instant où il avait su qu’il formait un couple officiel avec Baxter. La tension était palpable, à couper au couteau, entre les deux anciens amis et une confrontation frontale était bien la dernière chose dont il avait besoin à cette époque de sa vie. Il était suffisamment tourmenté et tiraillé par son quotidien houleux pour ajouter par dessus le marché une énième dispute avec celui qu’il considérait toujours, malgré tout, comme un allié. Il était son dernier complice au sein de l’établissement, son plus proche ami en dehors, et même si le Britannique ne ressentait plus que de l’animosité à son encontre, il n’en était rien pour lui. Ses jolis traits avaient encore le don de réchauffer la partie la plus glaciale de son être ; cela ne se voyait extérieurement pas car il n’avait pas le droit de le montrer, mais sa simple présence le rendait moins malheureux. Et c’était cela qui formait son plus grand malheur, paradoxalement. Il voulait s’émanciper de sa compagnie, sourire sans avoir à penser à son visage pour ce faire, trouver de l’attrait même infime dans l’éclat de rire d’un autre, se réveiller le matin sans qu’une jalousie maladive et mal placée ne lui étreigne le cœur. Il voulait cela, plus que tout. Non, ce qu’il voulait plus que tout au monde se tenait debout en face de lui, or il avait perdu le peu de droit qu’il avait sur lui au moment où il lui avait assuré qu’il ne pouvait jamais lui promettre de lui offrir plus que ce qu’il faisait à l’époque. Quel idiot. S’il avait su se la boucler à l’époque, esquiver ses interrogations et ses déclarations juste assez pour atteindre le point de réalisation qu’il avait désormais franchi, alors ce serait lui qu’il aurait embrassé dans la discrétion de ce couloir, lui à qui il aurait frotté le dos en soutien face à un collègue mal intentionné.  A la place, il devait envier un individu haut comme trois pommes fan de Chopin. Son existence était décidément bien terne et pathétique. Il fallait qu’il retourne chez ses parents, sa mère lui manquait terriblement, tout à coup.

Il leva une main sur son menton pour se masser la zone de poils qu’il n’avait pas encore l’habitude d’avoir, il avait passé tellement d’années à essayer de se faire pousser une barbe qu’il était presque étonné par la facilité avec laquelle celle-ci avait pris forme. Comme quoi, la dépression ne comportait pas que des mauvais côtés.
« C’est nouveau, » se contenta-t-il de répondre avec maladresse, ne sachant quoi en dire de plus. Il prétexta s’intéresser à une trace de semelle laissée sur le sol du couloir, il n’avait nullement besoin d’un contact visuel avec son interlocuteur pour savoir que ce dernier le détaillait des pieds à la tête, sans doute à la recherche d’un autre indice qui lui présenterait son état général sans avoir besoin de le questionner. Baxter ne dut alors avoir aucune peine à déceler le trouble que son affirmation suivante créa sur son grand corps. Son cœur se mit à battre la chamade tandis que la perspective d’avoir été découvert ou trahi par ses récentes sorties lui donnait la nausée. Fort heureusement, la suite le rassura un minimum. Sa voisine, évidemment, il aurait dû s’y attendre, même s’il était étonné de savoir qu’elle parlait aussi ouvertement de lui à n’importe qui – bien que Baxter ne fût pas n’importe qui, elle le connaissait relativement bien depuis le temps et le savait proche de Carson. Elle n’avait pas dû penser à mal, encore moins à le rendre jaloux, après tout Haynes lui avait toujours répété qu’ils n’étaient que des amis, certes avec quelques bénéfices, mais elle était loin de connaître toute l’étendue de leur relation. La nonchalance avec laquelle le petit Anglais avait amené le sujet le conforta dans son idée qu’il avait tourné la page sur lui, qu’il pouvait le regarder sans ressentir ce pincement au niveau de la poitrine. Le chanceux. « C’est nouveau, ça aussi, oui... » Sa voix avait repris du poil de la bête, elle était moins malhabile, plus assurée, alors qu’il était loin de l’être, lui. « Je ne savais pas que j’avais ça en moi, mais... » Il se racla la gorge. Baxter n’avait pas envie d’entendre ça, inutile de poursuivre sur l’importance de savoir parfois se jeter à l’eau, de tenter des expériences inédites, quitte à ce que le tout vous explose au visage. Il avait quitté sa zone de confort grâce à lui, il aurait dû le remercier pour cet exploit mais il ne le ferait jamais.

Baxter avait construit un nouveau Carson à partir des miettes que des années de refoulement avaient laissé sur leur chemin. Le petit brun avait, avec patience au début, attrapé chacune des pièces de ce grand puzzle incompréhensible jusqu’à le rendre moins énigmatique, plus humain. Il avait accompli un bon travail, malgré le manque de temps et d’opportunité imposé par le caractère changeant de son sujet. S’il souffrait actuellement à cause d’une foule de fâcheux incidents, l’Américain n’avait pourtant jamais été plus épanoui, plus sûr de lui et de ce qu’il était ; encore quelques mois passés en sa compagnie et il aurait sans doute fait son coming-out devant tout le lycée. Néanmoins, son abandon l’avait forcé à retourner dans l’ombre, au moins en partie, et il ne restait que quelques bribes des apprentissages dispensés par son collègue et ami. En outre, sa sortie du placard était considérablement compromise depuis peu et c’était bien ce qui lui pesait le plus sur la conscience, ça et le fait de n’avoir personne à qui en discuter. Car l’unique individu qui aurait pu l’écouter n’était autre que celui face auquel il ne parvenait présentement pas à s’exprimer. Pourtant il se faisait violence.
« Tu me manques, Bax...ter. » Il se frotta le front, la tête tournée vers lui désormais. Il n’en revenait pas d’oser lui dire une telle chose alors qu’il s’était promis de rester loin de lui. Mais le vide ressenti par son départ était bien trop grand. Il leva une main pour venir effleurer le visage de son interlocuteur du revers de son index, réalisant seulement maintenant leur promiscuité. Ses dents mordillaient nerveusement ses lèvres tandis qu’il recula ses doigts comme s’il se rendait, trop tard, compte de ce qu’il faisait. « J’ai besoin de toi, » souffla-t-il d’une voix étranglée. Il avait affreusement besoin de retrouver son ami, maintenant.

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MessageSujet: Re: And you won't disappoint me, I can do that myself.   Ven 2 Mai - 21:53

L'espace d'un moment, quelques brèves secondes à dire vrai, il eut l'impression de quitter son corps, comme s'il flottait dans les airs loin de cette situation dérangeante et déplaisante. Ses yeux avaient retrouvé un rythme de battement plus calme, plus normal, et il profitait désormais des longs silences placés entre eux pour observer des points fixes sur les vêtements de son collègue. Il le connaissait par cœur, du moins physiquement, presque autant que son propre corps et pourtant aujourd'hui il avait le sentiment de se trouver face à un parfait inconnu. Son odeur, son parfum, tout lui semblait différent des jours précédents alors qu'il n'avait probablement pas dû changer ses produits cosmétiques habituels. Qui était cet individu étrangement grand que son regard plissé examinait dans les moindres détails ? Pourquoi ressentait-il cette sensation étrange en étant si proche de lui, comme s'il ne savait plus vraiment à qui il avait affaire ? Une petite poussière solidement accrochée à son vêtement supérieur attira son attention et il se mit alors à la considérer avec insistance, inclinant légèrement la tête de gauche à droite. Cette petite chose insignifiante n'avait pas très grande importance – compte tenu de la situation actuelle – mais il la contempla malgré tout en fronçant doucement les sourcils. Dans son for intérieur il n'avait qu'une seule envie, souffler dessus ou encore y passer sa main pour la retirer le plus rapidement possible. Perdu un court instant dans ses pensées, il visualisa le visage de Richard à cet endroit précis, sur le ventre mais plus haut que le nombril, et s'imagina le repousser loin de Carson comme il le ferait pour cette légère saleté inutile. Non, il ne connaissait définitivement rien de cet homme et pourtant l'unique mot qui lui venait en tête lorsqu'il pensait à lui c'était impureté. C'était donc cela, Richard ne faisait que polluer l'oxygène de son ami et il se devait de l'aider à traverser cette situation difficile. Sa réflexion sur le sujet, et les quelques préparatifs de guerre qui allaient de pair, fut cependant de courte durée car le professeur de sciences le ramena à la réalité présente en s'exprimant à nouveau. « Mais... » reprit-il à sa suite comme s'il savait de quoi il parlait alors qu'il n'en avait pas la moindre idée. Il existait mille et une possibilités de suites à placer derrière ce 'mais' intriguant. Mais ce n'est finalement pas déplaisant. Mais Richard m'aime de tout son cœur et je me dois de l'aimer en retour. Mais j'ai trouvé le courage de vaincre mes peurs avec cet homme hors du commun. Mais je suis bien content d'avoir sauté le pas pour lui car il le mérite plus que toi, c'est une certitude. Plus il réfléchissait aux répliques absurdes que Haynes pouvait lâcher à tout moment, plus la nausée dont il était victime depuis son arrivée se frayait un chemin le long de ses organes.

Il n'avait vraisemblablement pas envie de l'écouter déblatérer ses conneries et encore moins l'entendre étaler son petit bonheur idéal sur la place publique. Il se sentait suffisamment inutile au quotidien, il n'avait aucunement besoin de son appui pour le réaliser. Occupé à compter les secondes entre chacune de ses pulsations cardiaques, dans le seul but de se calmer et de penser à autre chose qu'à lui, il mit un temps certain à réaliser ce qui était en train de se produire. Néanmoins l'information ne tarda pas à se frayer un chemin en direction de sa petite caboche car il rentra légèrement le cou en levant des yeux étonnés dans sa direction dès l'énonciation de ses premières paroles aux allures de confessions. Dès lors son expression changea du tout au tout, radicalement. Adieu le rythme cardiaque normal et bonjour la respiration forte accompagnée d'une douleur violente à la poitrine. Il y posa d'ailleurs instinctivement une main en sentant la gêne tandis que le doigt de Carson entrait en contact avec la peau de sa joue, ce qui le laissa bouche-bée quelques secondes.
« Pourquoi... » dit-il, presque haletant, comme s'il venait de courir un marathon. « Pourquoi est-ce que tu me fais ça ? Pourquoi maintenant ? » Plus il s'exprimait, plus sa voix déraillait dans des bruits de gorge nouée. Il plaça ses deux mains jointes, et tremblantes, sur son nez et ses lèvres tout en le regardant fixement, les traits de son front tirés en une expression proche du désespoir.

Tous les deux étaient désormais accompagnés au quotidien dans leurs vies sentimentales respectives, de ce fait il avait bien du mal à comprendre la portée de ses paroles et pourquoi il choisissait de les énoncer aujourd'hui.
« Tu avais promis de me laisser tranquille, » lâcha-t-il d'une voix étranglée avant de jeter à nouveau un œil autour pour s'assurer que personne n'écoutait. « J'ai pourtant fait tout ce que tu voulais, Carson... J'ai cessé de t'importuner avec mes nombreuses bêtises. » Et pour ce faire, il l'avait définitivement sorti de sa vie pour ne plus jamais l'embêter avec ses problèmes émotionnels. « Tu n'as pas le droit de me tourmenter autant. » Il leva son pouce vers ses lèvres et mordilla nerveusement l'ongle tandis que des larmes impressionnantes bordaient désormais le coin de ses yeux. Elles s'écoulèrent avec intensité le long de ses joues pâles dès l'instant où il commit l'erreur de cligner plusieurs fois, tique dont il était souvent victime dès qu'il était sujet à un trop fort taux de stress. « Je sais que je n'aurais pas dû t'attirer dans ma chambre d'hôtel il y a quelques semaines mais ça ne te donne pas le droit de jouer avec moi ! » Il essayait, vraiment, de passer à autre chose mais Carson ne semblait pas disposé à vouloir lâcher prise. Comme toujours, il prenait un malin plaisir à jouer avec ses sentiments. N'était-il pas pourtant conscient de son caractère instable ? « Tu as fait le choix de m'évincer de ta vie, tu connaissais mes conditions. » Comme à son habitude, il ressentit le besoin irrépressible de lui donner un coup de poing dans le torse. « Tu m'as laissé partir... Je ne vois pas de quel droit tu oses me dire une chose pareille... C'est bien trop cruel, » soupira-t-il tristement, prenant sur lui et faisant son maximum pour ne pas se donner en spectacle dans le couloir même si la situation dérapait de plus en plus et que cela devenait compliqué de tout garder en lui. Il n'était plus qu'une boule de nerfs usée par le temps. « Tu sais très bien ce que ça me coûte d'être en ta présence, » conclut-il en secouant la tête, le regard abattu. Il effectua de petits pas discrets en arrière dans le but d'échapper à ce désastre cuisant mais il ne réussit qu'à percuter violemment le mur contre lequel il était collé un peu plus tôt. Leur amitié était compromise depuis bien longtemps maintenant. Il arrivait à un niveau de saturation très élevé quant à toute cette histoire. Il n'était pas son jouet personnel ! Pourquoi ne le comprenait-il pas ? Sans doute l'avait-il blessé plus d'une fois dans le passé, à tort ou à raison, mais il n'estimait pas mériter ces punitions morales à répétition. « Tu as refait ta vie, tu as un autre ami et amant maintenant. Tu ne peux pas me dire ça, » murmura-t-il en se massant le bras gauche, endolori.

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Carson Haynes
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MessageSujet: Re: And you won't disappoint me, I can do that myself.   Ven 2 Mai - 22:59

Quelques mois, quelques semaines plus tôt, Carson aurait été incapable de prononcer de tels propos, encore moins aurait-il été en mesure de les penser et de les assumer. Jamais auparavant n’avait-il ressenti de manque charnel à l’égard d’un autre être humain ; il devait cela à son habitude de consommer et de jeter dans la même nuit, de n’accepter aucun retour sur marchandise. Cette époque lui semblait très lointaine, trop peut-être, et il souhaitait cligner des yeux pour s’y retrouver comme si rien de toute cette histoire ne s’était passé. Il voulait revenir dans la salle des professeurs le jour de l’arrivée de Madden et ne jamais poser les yeux sur lui, ne pas lui prêter une quelconque attention et poursuivre le déroulement normal de son existence, jamais parfaitement heureux mais pas non plus enlisé dans son malheur. Il vivotait et cela lui convenait très bien, il ne demandait pas davantage à son sort. Sauf que voilà, les deuxièmes chances n’existaient que pour les personnes qui les méritaient, les bonnes personnes, les personnes qui n’étaient pas Carson Haynes. Aucun retour en arrière n’était possible, il ne pouvait changer ce qui avait été fait et dit, il devait en accepter les conséquences et vivre avec. Tant pis pour les squelettes qui se dandinaient dans son placard et les créatures qui rôdaient sous son lit, il devrait continuer à cohabiter avec tous les monstres qui berçaient son quotidien car personne n’était disposé à enlever une partie du fardeau qui pesait sur ses épaules. Il était seul parce qu’il avait tourné le dos à tous ceux qui lui avaient un jour tendu la main ou avait placé quelque espoir en lui. Il était seul parce qu’il n’avait pas été suffisamment présent pour préserver sa meilleure amie. Il était seul parce qu’il avait fait le choix de vivre dans le secret. Il était seul parce qu’il avait ouvert son cœur une seconde trop tard. Il payait cher le prix de ses erreurs et était bien obligé de se rendre à l’évidence : il était le seul à blâmer de ses maux, de leurs maux. Baxter n’avait pas fait exprès de s’attacher à lui, de développer des sentiments amoureux à son encontre. C’est lui qui s’était montré égoïste et méchant à lui demander de les taire, de les refouler, sous prétexte qu’il était lui-même le roi du refoulement.

Les paroles du petit Anglais le heurtaient en pleine poitrine mais la douleur n’était en rien comparable à celle que lui infligeaient ses joues remplies de larmes qu’il avait envie d’essuyer à l’aide de ses lèvres. Il ignorait à quoi il s’était attendu en lui annonçant ce qu’il avait sur le cœur, toutefois ce qu’il recevait en plein visage était loin d’être le résultat désiré. La bouche entrouverte, il le laissa déverser sa verve sans interruption, retenant sa respiration à chaque déclaration qui faisait un peu plus mal que la précédente. Ses doigts se refermèrent en un poing tandis qu’il ramenait son bras contre le reste de son corps, dans une attitude résolue. Il baissait les bras, littéralement et métaphoriquement, car il avait trouvé adversaire plus fort que lui : la vérité. L’adage avait raison, elle blessait énormément. Baxter ne lui confessait rien de nouveau, rien qu’il ignorait, néanmoins l’entendre de vive voix l’assommait plus que de raison, il en avait les jambes tremblantes. Il avait raison sur toute la ligne, il avait promis de ne plus interférer dans sa vie et pourtant le voilà qui était revenu au pas de charge car il ne pouvait rester loin fort longtemps. Il s’était refusé à lui par le passé, il était logique que Baxter en fasse de même maintenant qu’il était dans une relation saine avec un individu qui n’était pas rongé par les secrets et les insécurités. Il laissa planer un long silence après le monologue enflammé de son collègue, il ne chercha pas à le rattraper quand il s’éloigna autant qu’il le put, il avait d’ores et déjà déposé les armes.
« Ne pleure pas pour moi, je t’en prie. Je ne mérite et n’ai jamais mérité tes larmes. » Il lui avait pourtant fait verser à maintes reprises. Il se passa nerveusement la langue sur les lèvres et déglutit bruyamment, sachant son moment passé, il était temps de tirer sa révérence. Pour de bon, cette fois, il se le jurait. « Il n’était pas question de nous, ni même de toi, je venais vers toi en tant qu’ami et confident mais j’ai compris que ça ne faisait plus non plus partie de l’équation. » Il marqua une pause, hochant plusieurs fois la tête de haut en bas comme s’il se mettait d’accord avec lui-même. Il pouffa, d’un rire sans la moindre émotion, preuve qu’il en était désormais vidé. « Il va me falloir du temps pour m’ajuster à toutes ces nouveautés, pour que j’apprenne les codes de conduite de la vie de couple car pour l’instant, j’ai toujours autant envie de t’embrasser chaque fois que je pose les yeux sur toi. » Non, il n’avait pas le droit de dire une telle chose, mais il se le donnait, après tout, c’était les dernières paroles personnelles qu’ils échangeaient. Il profita du fait que Baxter ne puisse s’échapper pour s’avancer vers lui, l’attraper par la nuque et déposer un baiser sur sa joue rendue rugueuse par la barbe.

« Je te souhaite d’être le plus heureux des hommes, » souffla-t-il sans la moindre hypocrisie à son oreille avant de se redresser, à l’instant même où des pas résonnaient dans les escaliers, au bout du couloir. Son visage se métamorphosa aussitôt qu’il se tourna pour faire face à l’enseignant revenu de sa quête miraculeuse. Il partit à sa rencontre pour laisser à Baxter quelques secondes pour se redonner une contenance et récupéra son dû avec un sourire qui aurait fait pâlir plus d’un vendeur de voiture mal intentionné. « Voilà, Carson, le dossier d’orientation de ce pauvre Stanley, qui pense être tellement en retard dans ses démarches qu'il craint pour son avenir ! » Il referma ses longs doigts sur ce qu’il lui tendait et le tira vers lui avec une douceur toute relative. « Je te remercie, mais c’est Monsieur Haynes pour les remplaçants, je préfère éviter les familiarités avec les gens de passage, moi. » Il toussota en le contournant, se ravisant au dernier moment. « Je sais que ça n’est pas mes oignons mais tu devrais faire attention à ton mec, il semble avoir besoin d’un bon sandwich... » Sa voix condescendante, son visage fermé, ses yeux pétillant de moquerie, rien de son enveloppe externe ne laissait paraître qu’il était bel et bien brisé à l’intérieur. Aucun petit ami de substitution ne pourrait réparer le mal qu’il s’était auto-infligé. Il était trop tard pour lui, il allait devoir retourner dans son train-train de misérable individu qu’il était. La parenthèse Madden, aussi agréable fut-elle, devait se refermer une bonne fois pour toutes.

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Baxter Madden
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MessageSujet: Re: And you won't disappoint me, I can do that myself.   Sam 3 Mai - 8:08

Était-ce un rêve ? Avait-il quitté toute forme de réalité ? Il ne pouvait s'agir que d'un cauchemar, à en juger par la tournure que prenaient désormais les choses. Jamais il n'avait signé pour cela, jamais. Où était donc passé le contrat qu'on lui avait remis lors de son arrivée dans l'établissement ? Lorsqu'il remettrait la main dessus, il promettait de s'en débarrasser dare-dare en le déchirant en mille morceaux. On l'avait trompé et trahi, une nouvelle fois, des mots qui s'avéraient lourds de sens aux yeux du petit britannique. S'il avait mis du temps à accepter le caractère volatile de Carson qui parcourait tout Chicago à la recherche du prochain plan cul intéressant, il ne pouvait résolument pas se faire à l'idée qu'il puisse être en couple avec quelqu'un. Haynes, s'offrir à un seul homme pendant des mois, voire plus ? Cette simple pensée lui semblait absurde chaque fois qu'il y pensait une fraction de seconde. Pourtant il s'agissait de la stricte et pure vérité. Personne ne lui avait mis le couteau sous la gorge pour l'obliger à se mettre dans les rangs. Personne ne l'avait forcé à entreprendre une relation avec cet homme. Richard lui avait mis le grappin dessus, c'était évident, et le professeur de sciences s'était contenté d'approuver car c'était clairement ce qu'il souhaitait lui aussi, mener le quotidien de Monsieur tout-le-monde aux côtés d'un compagnon attentionné, drôle, séduisant, en somme parfait. Sans doute Carson avait-il mis la main sur l'homme idéal, il l'en félicitait par ailleurs, c'était même sûr car jamais il n'aurait pris le risque de se mettre avec quelqu'un qui ne répondait pas à tous ses critères d'exigence dans le domaine des rapports intimes. Alors peut-être Richard était-il béni des Dieux sans qu'il ne le sut, si tel était le cas il s'excusait par avance d'avoir autant blasphémé contre sa personne depuis quelque temps. Son collègue méritait de trouver un homme qui répondait à ses attentes particulières ; cet individu n'étant pas lui, cela ne l'empêchait pas de désirer son bonheur malgré tout. Bien sûr, la simple supposition de le savoir heureux avec un autre lui déchirait réellement le cœur en petits lambeaux très fins et irréparables, mais son égoïsme avait tout de même ses limites. La principale raison pour laquelle il n'arrivait décemment pas à faire le deuil de leur 'relation', c'était leur promiscuité quotidienne due à leur profession. Même sans le voir, il le savait dans les parages, ainsi il était contraint de penser à lui ne serait-ce qu'en passant les grandes portes du lycée, comme un automatisme. Avec des réflexes pareils, difficile de diriger ses pensées vers autre chose.

Il lui avait rendu sa liberté, la vraie, celle qu'il avait toujours fièrement arborée depuis leur première rencontre, celle qui de toute évidence lui correspondait. Sans sa présence pour le déranger, il pouvait aisément redevenir le Carson Haynes d'antan, l'homme aux plaisirs simples et non perverti par les balivernes d'un petit européen sorti de nulle part. La respiration longue, il le fixait de ses yeux tristes et humides tout en s'essuyant les joues du revers d'une manche. Il avait beau essayer de prendre sur lui pour ne pas totalement perdre contenance, son cerveau avait tout de même bien du mal à assimiler les informations données. Ses paroles semblaient confuses ou du moins contradictoires car en l'espace de seulement deux minutes il avait parlé de sentiments amicaux à son égard mais aussi d'une envie irrépressible de l'embrasser, ce qu'il trouvait déraisonnable et totalement fou, car il n'y comprenait plus rien. Acculé contre son mur, il n'émit cependant aucune résistance lorsqu'il s'approcha plus près de lui pour lui déposer un baiser sur la joue. Il jugea l'enlacement de sa frêle nuque autour de ses longs doigts inutile mais se laissa toutefois faire sans bouger. L'une de ses mains, la droite, se leva même instinctivement pour se poser avec légèreté, à plat, sur le haut de son torse ; soit pour maintenir une distance raisonnable entre eux soit pour avoir la chance de le toucher une dernière fois. Il prit une grande inspiration au moment du baiser afin de pouvoir couper sa respiration tandis qu'il fermait les yeux. Sa main eut à peine le temps de s'agripper à son vêtement qu'il s'éloignait déjà, ses doigts restant en suspens à l'endroit même où le corps du jeune homme s'était tenu.

Il prit conscience du retour de Tom mais ne sembla pas en mesure de réagir plus qu'il ne le faisait déjà. Ses joues étaient toujours mouillées et ses yeux, bien qu'humides, s'étaient légèrement rougis à cause des pleurs.
« Non... » balbutia-t-il difficilement en tournant alors la tête vers les deux enseignants. Il remonta à l'aide de son index ses lunettes qui avaient glissé sur le bord de son nez en reniflant tristement. « Carson... embrasse-moi... » murmura-t-il, certes un peu trop tard maintenant que le grand échalas fut loin de lui. Comme si les substances contenues dans sa salive étaient subitement devenues toxiques, il ressentait comme une forte brûlure dans le haut de sa gorge désormais en feu. Il regarda une dernière fois en direction des deux hommes avant de se décoller du mur et de prendre discrètement la fuite vers l'autre cage d'escaliers située à l'autre bout du couloir. Inutile de retourner dans sa salle de classe durant la pause, Tom repasserait forcément là-bas, il devait se trouver un endroit calme et non fréquenté pour reprendre ses esprits. L'isolement restait l'unique solution pour finir le reste de la journée, autrement il risquait de se faire porter pâle pour rentrer dès à présent chez lui.

[topic terminé]

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